Saint-Nazaire

 

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Histoire de Saint-Nazaire :

 

"Aperit Et Nemo Claudit"

"Aperit et nemo claudit" : Elle ouvre et personne ne ferme.

Saint-Nazaire, c'est l'histoire d'un fleuve qui prend sa source aux confins des Cévennes et vient embrasser, à 1012 kilomètres vers l'Ouest, l'Océan Atlantique. Notre histoire, c'est tout d'abord celle des hommes qui bâtissent Nantes, une ville, un port à la croisée des routes, des rivières et de la Loire. Nantes qui, au cours des siècles, dispose d'avant-ports de négoce à Bourgneuf en Retz, au Croisic et à Paimboeuf. Le sel, le vin, les marchandises diverses et manufacturées transitent alors vers les ports lointains du Nord et du sud de l'Europe. Notre mémoire, c'est aussi cette poignée de familles repliée autour d'une petite église guettant l'arrivée des navires. Saint-Nazaire, village sud armoricain où vivent simplement quelques dizaines de foyers d'agriculteurs, de marins, d'artisans et de pilotes qui possèdent les clés d'entrée de l'estuaire en guidant les navires vers Nantes. Et c'est pourtant, dans cette bourgade en apparence banale, que naît la plus fabuleuse aventure industrielle et portuaire française en l'espace d'à peine cent cinquante années.

Bassin de Saint-Nazaire au XIXe siècle

"Aperit et nemo claudit" : la devise de Saint-Nazaire tient évidemment à sa situation. Les pilotes, à bord de leurs cotres, connaissent les passes entre les bancs sableux de l'estuaire et ouvrent le passage vers Nantes sur les chenaux turbulents. Les bateaux se modernisent au début du XIXe siècle. Finis les petits caboteurs et embarcations à fond plat pour le négoce et le grand trafic maritime. Place aux grands voiliers et à la vapeur naissante. Dès 1822, Saint-Nazaire anticipe l'avenir et devient tête de ligne d'un service de bateaux à vapeur. Le 21 avril 1838, le Conseil Général de Loire-Inférieure décide de faire creuser un bassin à flot capable d'accueillir les navires de grands tonnages. Les années passent et le trafic est tel qu'un second bassin voit le jour en 1886. De 1838 à 1886, la population passe de 3 702 à 21 000 habitants. On arrive d'un peu partout, même de Suisse, pour travailler à Saint-Nazaire. Un tel développement est unique en France. L'historienne Marthe Barbance évoque la "Petite Californie Bretonne" qui voit partir vers l'Amérique centrale et les Antilles les premiers paquebots du service postal transatlantique. En 1864 "L'Impératrice Eugénie" est lancé. Il est le premier paquebot d'une très longue série qui se prolonge encore aujourd'hui. Les noms des provinces françaises ornent les proues de ces navires de légende : "Lorraine", "Touraine", "Bretagne", "Provence" et le fameux "Normandie" à la veille de la seconde guerre mondiale.

La Plage et le Boulevard de l'Océan

Le Paquebot Transatlantique 'La Navarre'

C'est aussi en ces lieux que commence un peu par hasard la grande aventure aéronautique. Les Chantiers de la Loire connaissent en 1920 une baisse de charge. Pourquoi ne pas fabriquer des avions ? Des hydravions qui, comme tout à Saint-Nazaire, prennent leur naissance dans l'eau. De l'alliance de l'eau et de l'air, de la fabrication du chasseur "Gourdou-Leseurre" des années 20 au géant A380, quel chemin parcouru sous différentes appellations industrielles : Loire-Nieuport, SNCASO, Sud Aviation, SNIAS, Aérospatiale, Airbus...

La Rue Villès-Martin

Jusqu'en 1940 la cité continue de connaître un essor extrêmement rapide. Autour des bassins les rues, les grands magasins, les cafés, les lieux de rencontres et d'échanges sont tournés vers les quais et leurs activités. Les rues principales bruissent au rythme du quartier maritime et des animations portuaires. Saint-Nazaire attire les services administratifs indispensables à une population de 39 000 habitants. L'électricité, l'eau, le gaz deviennent courants. Les finances de la ville sont prospères. Rien ne laisse supposer à ce moment que cinq années plus tard tout serait réduit en cendres.

Général De Gaulle 23 juillet 1945

L'occupation allemande transforme Saint-Nazaire en port militaire. Dès 1941, débute la construction d'une base sous-marine à l'emplacement de la darse transatlantique. Pièce essentielle du dispositif allemand sur l'Atlantique, la ville devient pour les alliés la cible militaire à neutraliser à tout prix. En représailles d'un raid britannique, l'occupant rase en partie la vieille ville. Ensuite, une cinquantaine de bombardements meurtriers anéantit la cité rendue invivable. Placée au rang de forteresse, Saint-Nazaire résiste jusqu'aux derniers instants aux partisans et aux troupes américaines et a le triste privilège d'être la dernière ville libérée en Europe le 11 mai 1945. C'est cette cité fantôme en ruine, où une soixantaine de nazairiens ont survécu, que découvre le Général De Gaulle le 23 juillet suivant. Il inscrit sur le livre d'or cette simple phrase, "A Saint-Nazaire qui est un exemple et qui est un espoir".

Saint-Nazaire

Saint-Nazaire est en effet un exemple de la reconstruction et un espoir pour les dizaines de milliers d'habitants qui, au cœur de l'été 45, retournent vivre au milieu des ruines. Deux millions de mètres cube sont déblayés et comblent le secteur du Grand Marais qui deviendra le Parc Paysager. Une nouvelle ville s'élève à l'emplacement de la précédente dans les années cinquante. La reconstruction affirme la volonté de séparer la ville de son port, afin de ne pas corseter ce dernier, pour lui permettre de se développer dans le futur et donc d'aérer la ville. La qualité architecturale typique de la reconstruction est indéniable. La modernité est plébiscitée. La croissance démographique se traduit par la construction de groupes scolaires immenses et l'essor de la ville vers l'ouest. Les années 70 marquent le temps des grands ensembles, des boulevards urbains à quatre voies. Au début des années 80, Saint-Nazaire est durement frappée par la crise et cherche un second souffle. Suite à une étude approfondie, un document de référence fait ressortir de grands axes d'actions à partir desquels la ville retrousse ses manches : retourner Saint-Nazaire vers la mer et son port, rendre les quartiers agréables autour d'un centre-ville animé, diversifier l'économie et renforcer la formation initiale des jeunes. Au fil des années, la cité se métamorphose avec la rénovation des quartiers périphériques et la réhabilitation des friches industrielles. Le port et l'industrie redeviennent la raison d'être de Saint-Nazaire.

Le plan de référence et les phases successives du Projet Global de Développement ne sont rien d'autres que des utopies créatrices. Saint-Nazaire retournée sur son port qui regarde à nouveau la mer, Saint-Nazaire destination industrielle, portuaire et touristique, Saint-Nazaire et ses paquebots retrouvés, qui l'aurait cru il y a encore moins de quinze ans ? La ville a tout simplement renoué avec sa raison d'être, par la reconquête de son sens historique et par son souci de la modernité. Cet aboutissement n'a pas été obtenu sans débats, sans oppositions, parfois même sans ruptures. La lumière naît souvent face à l'adversité et à la confrontation.

 


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